En 2017, Hans Huitink est monté sur son vélo avec une mission bien précise : trouver un lieu capable d’accueillir un congrès réunissant 1 800 professionnels de santé issus de 75 pays. Cette recherche l’a conduit au Beurs van Berlage. Le caractère monumental du bâtiment, sa situation centrale et l’approche professionnelle de l’équipe se sont révélés être les ingrédients parfaits pour accueillir le World Airway Management Meeting 2019.
Ce qui avait commencé comme une simple recherche de lieu s’est progressivement transformé en un partenariat durable et, finalement, en un rôle d’ambassadeur. Dans cet entretien, Hans revient sur le partage des connaissances, les congrès internationaux et les raisons pour lesquelles les rencontres en présentiel restent indispensables.
L’idée de cette interview est née après que vous avez envoyé un message à Jean pendant le Carnaval. Non pas en pleine fête, mais alors que vous travailliez au milieu des cow-boys, des pirates et des autres carnavaliers. En plus de votre rôle d’anesthésiologiste, il est clair que votre activité va bien au-delà du bloc opératoire. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur tout ce que vous faites en dehors de celui-ci ?
‘Il y a treize ans, j’ai fondé une organisation à but non lucratif : l’Airway Management Academy. L’objectif de cette fondation est d’améliorer la sécurité des patients et d’assurer la prise en charge sécurisée des voies aériennes lors des procédures de gestion des voies respiratoires. Cela peut concerner une intervention chirurgicale au bloc opératoire, mais aussi les soins intensifs ou encore une intervention sur le lieu d’un accident.
En tant que fondation, nous proposons des formations à l’échelle internationale et participons activement à des congrès ainsi qu’à des événements éducatifs dans le monde entier.
En parallèle, je travaille pour Witte Kruis Event Medical Services en tant que médecin spécialiste des soins d’urgence. Nous assurons les premiers soins aux personnes nécessitant une assistance médicale immédiate lors de grands événements : le Carnaval, les marathons, les courses cyclistes, les concerts ou encore sur le Circuit de Zandvoort.
En tant qu’anesthésiologiste, je suis spécialisé dans les soins aigus et j’ai donc l’habitude d’improviser dans des situations complexes et exigeantes.
En plus de mon activité d’anesthésiologiste au sein des blocs opératoires hospitaliers, je travaille comme médecin à bord d’avions ambulances. Ces appareils transportent des patients gravement malades qui doivent être transférés vers un autre hôpital ou une autre unité de soins intensifs.
J’aime associer mon travail aux voyages, et c’est l’une des façons qui me permet de concilier ces deux passions.’
En plus de votre activité médicale, vous avez également une fibre entrepreneuriale. Vous avez développé une application de triage des voies aériennes, fondé la plateforme de conseil médical De Meedenk Dokter et vous organisez aujourd’hui votre propre festival international consacré à la gestion des voies aériennes. D’où vient cet élan ?
‘En tant qu’anesthésiologiste, je prends en charge des patients de tous âges et traite une grande variété de pathologies. Pour cette raison, les anesthésiologistes se trouvent souvent au centre d’un vaste réseau, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’hôpital. Comme nous collaborons avec de nombreuses spécialités médicales, nous disposons généralement d’un excellent réseau. Et comme vous pouvez le constater, cela ouvre la porte à toutes sortes de projets passionnants.
Je suis doué pour mettre en relation des personnes qui peuvent apprendre les unes des autres ou partager leurs connaissances. C’est également ce que j’essaie de faire dans mon rôle d’ambassadeur du Beurs van Berlage.
J’aime me lancer dans de nouveaux projets parce que je suis curieux et que j’aime apprendre. Je pense que c’est ce qui me motive avant tout. Et j’apprécie énormément de travailler avec des personnes inspirantes. Avant d’organiser le Congrès mondial de la gestion des voies aériennes à Amsterdam, j’avais souvent participé à des congrès en tant que participant ou intervenant, mais organiser un congrès est une tout autre aventure.’
Le partage des connaissances est un fil conducteur tout au long de votre carrière, aussi bien auprès de vos confrères que des patients. Selon vous, quel est aujourd’hui le plus grand défi en matière de partage des connaissances dans le secteur de la santé ?
‘Le plus grand défi consiste à intégrer les nouvelles connaissances dans la pratique quotidienne. À la fin des formations que j’organise, je demande toujours aux participants comment ils comptent appliquer ce qu’ils ont appris dans leur propre hôpital. Si l’on ne réfléchit pas consciemment à cette question, les connaissances restent entre les mains d’une seule personne et peu de choses changent réellement.
Un autre défi est de maintenir un niveau d’excellence élevé chez les formateurs et les instructeurs. En collaboration avec la Société européenne de gestion des voies aériennes, nous avons lancé le programme Teach the Airway Teacher. Cette formation est consacrée aux compétences nécessaires pour enseigner efficacement.
En effet, le partage des connaissances ne consiste pas seulement à transmettre de nouvelles informations ; la manière dont elles sont transmises est tout aussi importante. L’impact pédagogique est maximal lorsque le participant est activement impliqué pendant une formation ou un congrès.’
Vous avez déjà évoqué l’importance du réseautage et de la collaboration. En plus de publier, d’enseigner et de développer un réseau international, vous organisez également votre propre événement : l’Airway Festival. Qu’apporte un congrès physique ou un événement en présentiel que les autres formes de partage des connaissances ne peuvent tout simplement pas offrir ?
‘Un réseau est essentiel pour partager les connaissances. Et ce réseau se construit en rencontrant les autres, parfois dans un cadre plus informel ou dans un lieu inspirant. Pour collaborer efficacement, il faut apprendre à se connaître et à se faire confiance. Il est important de comprendre la manière dont l’autre travaille et, à l’échelle internationale, les systèmes de santé présentent de nombreuses différences. On ne découvre ces réalités qu’en échangeant directement, en partageant des idées et, parfois, en visitant les hôpitaux de ses collègues.
La véritable valeur d’un congrès réside dans la possibilité de se rencontrer et d’échanger en face à face. C’est bien plus efficace que de communiquer par visioconférence ou par e-mail. Ces rencontres donnent souvent naissance à des collaborations spontanées, parce qu’elles permettent à des professionnels de différents pays de créer des liens et de développer des projets ensemble.’
Vous évoluez quotidiennement dans le monde des associations professionnelles et des sociétés savantes qui organisent de grands congrès internationaux. Ce secteur associatif joue un rôle central dans la diffusion des connaissances et des standards au sein du monde médical. Ce rôle est-il aujourd’hui sous pression ?
‘Les associations professionnelles sont essentielles pour élaborer et définir les standards de pratique. Cependant, ces standards évoluent constamment et, oui, leur rôle est aujourd’hui confronté à certaines pressions.
Personnellement, je ne trouve pas que les très grands congrès réunissant plus de 5 000 participants soient les plus efficaces. Le Beurs van Berlage occupe une position unique sur le marché des congrès de taille intermédiaire. Il offre la capacité d’accueillir un événement important de 1 800 personnes, tout en permettant d’organiser des rencontres à plus petite échelle. Le Beurs dispose de salles remarquables qui se prêtent parfaitement à ces différents formats.
Par ailleurs, les réglementations environnementales conduisent de nombreuses organisations à limiter les déplacements en avion. Cette démarche est tout à fait justifiée, mais elle crée une certaine tension, car tout le partage des connaissances ne peut pas se faire en ligne. À mon avis, le congrès de demain sera un événement de deux ou trois jours, réunissant un nombre limité de participants, avec un accent mis sur la qualité plutôt que sur la quantité. Plus grand ne signifie pas forcément meilleur.’
Vous avez parlé avec beaucoup d’enthousiasme du Beurs van Berlage en tant que lieu de congrès. Notre collaboration a commencé en 2019, lorsque vous avez accueilli le World Airway Management Meeting, réunissant 1 800 participants provenant de plus de 75 pays. Quel est le souvenir le plus marquant que vous gardez de ce congrès ?
‘La réaction des participants lorsqu’ils ont franchi les portes du Beurs van Berlage. Ce lieu a véritablement un effet waouh. Tout le monde a été profondément impressionné par la beauté du bâtiment magnifiquement restauré, associée au professionnalisme de l’organisation et à son emplacement central à Amsterdam. C’est ce qui confère au Beurs son caractère unique.
Je ressens encore cette même émotion chaque fois que j’entre dans le bâtiment. Le WAMM 2019 a également été le dernier grand congrès à pouvoir se tenir avant la crise du COVID-19, ce qui en a fait un événement mémorable à plusieurs titres. Nous avons eu beaucoup de chance à cet égard.
J’entends encore aujourd’hui des participants évoquer le caractère exceptionnel de cette expérience. C’est un magnifique compliment pour toutes les personnes qui ont contribué à la réussite de cet événement.’
Si quelqu’un vous demandait conseil pour organiser un congrès ayant un réel impact, quels seraient les premiers conseils que vous lui donneriez ?
‘Tout d’abord, il ne faut pas sous-estimer le temps nécessaire à l’organisation d’un congrès. Ensuite, je recommande vivement de s’associer à un organisateur professionnel de congrès. Troisièmement, les participants se souviennent souvent avant tout du lieu et de la qualité de la restauration. Quatrièmement, l’installation audiovisuelle doit être irréprochable. Et enfin, l’événement doit être construit autour d’un thème qui compte réellement.
Je pense qu’il est important qu’un congrès ne soit pas simplement un congrès, mais qu’il suscite une réflexion et laisse une impression durable chez les participants. Dans le domaine de la gestion des voies aériennes, c’est clairement le cas. En partageant les connaissances, nous contribuons à rendre les soins aux patients plus sûrs. Mais cela reste, bien sûr, mon point de vue de médecin.’
Y a-t-il autre chose que vous aimeriez partager ?
‘Le Beurs van Berlage accueille chacun avec la même chaleur et le même professionnalisme. Chaque fois que j’y entre, je m’y sens chez moi. En tant qu’ambassadeur du Beurs, j’ai eu l’occasion de découvrir toutes sortes d’événements au fil des années. Ce lieu ne cesse de me surprendre.
Je continue d’y apprendre de nouvelles choses et j’y prends énormément de plaisir. C’est pourquoi je suis très fier d’en être l’ambassadeur. Je recommande vivement à toute personne souhaitant organiser un congrès ou une conférence d’explorer les possibilités offertes par l’équipe du Beurs.
Le Beurs est un lieu de congrès unique, porté par une équipe exceptionnelle.’





